SAVAGE, PLAN PHILIP L.RHODES

Lorsque le très select yacht club de Fishers Island eut besoin, en 1938, d’un nouveau bateau de régate et de course pour ses membres, il s’adressa à Philip L. RHODES, jeune et brillant architecte new-yorkais réputé pour l’élégance et la vélocité de ses bateaux.

La construction de ces voiliers devait être irréprochable et l’on se tourna vers le chantier de Henri B. NEVINS, alors un des meilleurs constructeurs de la côte Est.

En mai 1939, le chantier de City Island mit à l’eau six bateaux identiques. Le premier de la série était destiné au commodore du Club, Thomas RUSSEL. Il fut baptisé "SAVAGE".

cl.Edwin Lewick

Lancement chez Nevins , NY , mai 1939

Mouillé pendant toute la saison d’été devant la villa du commodore, sur Fishers Island, SAVAGE passa de nombreuses années entre régates de club dans les petits airs de Long Island et rallyes chics du Yacht Club de New York.

Lorsque je découvris SAVAGE dans un petit chantier au sud de Cape Cod, je fus immédiatement sous le charme.

Harmonie parfaite des formes très fluides de la carène… En outre, une construction et des matériaux de très grande qualité avaient conservé l’ensemble dans son « jus » d’origine ; tout était encore
d ’époque : des winches en bronze au réchaud à alcool, des poulies Merriman aux robinets nickelés de la salle de bain.

Un décor sobre d’acajou et de laque blanche, ambiance très Nouvelle Angleterre de la fin des années trente.

Et par dessus tout, ce parfum chic et sportif de l’Amérique des derniers beaux jours, sur fond de jazz new yorkais et de martini cocktail.

Il était temps de relire Fitzgerald, Dos Passos et John Knowles.

cl.Rosenfeld
Long Island, 1940

Je n’avais plus le choix : SAVAGE m’offrait son histoire ; j’en fus étourdi.
Nous avons navigué ensemble cinq saisons sur la Côte Est des Etats-Unis.

J’ai découvert les grandes plages de l’Atlantique et ses maisons de bois peint, le Maine sauvage aux eaux froides, les brumes des ports de pêche aux homards, presque à la frontière du Canada.

Là il n’y a plus de marina, pas de bateau récent, pas de parking, pas de supermarché ; les quais des minuscules ports de pêche ont encore des pompes à essence des années cinquante ; on est à peine sorti de l’époque de la Prohibition et l’ile privée de Roque appartient toujours à la même famille de fermiers débarqués d’Europe au XVIII ème siècle.

Des yacht- clubs d’un autre âge, autrefois fréquentés par les riches familles de Boston sont déserts : l’appontement est entretenu mais la salle de bal est fermée depuis très longtemps.

Arrêt sur image, en sépia ; SAVAGE semble vouloir me raconter comment c’était avant.

Merveilleuses navigations pendant la courte saison, retour en nostalgie le long de la côte du Maine, à observer les phoques et les aigles pêcheurs, à guetter les biches qui broutent les airelles dans les sous bois de cèdres.

Puis je décidais de venir naviguer au chaud : la MEDITERRANEE !

Merveilleux terrain de jeux, antique et lumineux, hédoniste et solaire.
On dirait cette Méditerranée que Paul Morand célébra et qui enchanta tant les artistes des années 30.
Tendre est la nuit, y écrivait Fitz.

La Turquie m’accueillit et j’eus d’autres éblouissements : le soleil couchant sur le Bosphore, les nuits d’Orient au mince croissant de lune.

C’est ainsi que, par un soir d’été tout empli d’effluves de roses et de tabac mêlées, au son lointain d’un saz pincé par une courtisane à la grâce languide, je partis avec SAVAGE, pour des aventures nouvelles , à la poursuite de la princesse Azyadée et de la Toison d’Or.

SAVAGE

CARACTERISTIQUES TECHNIQUES

Longueur totale 11,90 m
Longueur à la flottaison : 8,27 m
Maître bau : 2,98 m
Déplacement : 7,8 Tonnes
Surface de voilure : 64 m2
Gréement 7/8 avec foc autovireur.
Bordés en acajou sur membrures en chêne ; visserie et boulonnerie en bronze, lest en plomb.
Accastillage de pont Nevins et Merriman.

Le dessin de Philip Rhodes eut immédiatement beaucoup de succès et d’autres chantiers se mirent à construire ces bateaux de la classe des « R27 », ainsi qu’au Canada et en Allemagne par le fameux chantier Abeking et Rasmussen.

Jusqu’au début des années cinquante, environ une vingtaine de ces bateaux furent construits ; il en reste peut être encore 4 ou 5.

Le musée de Mystic Seaport possède l’ensemble des plans du dossier de construction, dont j’ai pu obtenir des copies. Les photos de Rosenfeld proviennent du fond d’archives du même musée ; les photos Edwin Lewick sont conservées au Mariner’s Museum de Newport News.
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Yves Gaignet

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