OSTAR 1960 - PREMIERE COURSE TRANSATLANTIQUE EN SOLITAIRE

Article rédigé par Christian Chalandre pour l’Atlantic Yacht Club

De nombreuses courses transatlantiques et de nombreuses navigations océaniques en solitaire ont déjà eu lieu. Mais c’est la première fois que cette navigation se fait en solitaire, en course sur l’atlantique nord et d’est en ouest, c’est-à-dire contre les vents dominants et le courant du Gulf Stream.

Lorsque Blondie Hasler décide d’organiser cette première course transatlantique à la voile en solitaire, le Royal Western Yacht Club de Plymouth accepte de gérer les problèmes techniques et l’Observer en fait la promotion. 115 marins manifestent leur intérêt, 8 s’inscrivent. Le 11 juin, il n’y a que quatre concurrents sur la ligne de départ. Un cinquième, le Français Jean Lacombe, arrivé en retard, part cinq jours plus tard.

Le concept est simple : Un homme, un bateau et l’Atlantique nord.
Le parcourt est tout aussi simple : Départ :Plymouth ; Arrivée : New York. La route est libre.

Particularités de cette première édition :

  • C’est la seule édition au cours de laquelle tous les partants couperont la ligne d’arrivée.
  • C’est la seule édition sans multicoque.
  • C’est la seule édition dont l’arrivée est à New York. Pour toutes les autres, l’arrivée sera à Newport.
  • Jean Lacombe engage un « Cap Horn » de 6,5 m, plus petit bateau engagé dans l’histoire de cette course. (Il rééditera cet exploit en 1964 avec un Golif de 6,5 m)
Skipper Boat Nationality Class Time [1]
Francis Chichester Gipsy Moth III United Kingdom Mono-40 40 days 12 hours 30 min
Blondie Hasler Jester United Kingdom Mono-26 48 days 12 hours 02 min
David Lewis Cardinal Vertue United Kingdom Mono-25 55 days 00 hours 50 min
Val Howells EIRA United Kingdom Mono-25 62 days 05 hours 50 min
Jean Lacombe Cap Horn France Mono-21.5 74 days ?? hours ?? min

Gipsy Moth III

Francis Chichester n’est pas encore le grand marin qui sera anobli par la reine après son tour du monde en solitaire en 1967. Il a 60 ans et cela ne fait que 6 ans qu’il navigue. Il est surtout connu pour ses exploits d’aviateur sur ses avions qui portaient le même nom Gipsy Moth que son bateau [2].

Jester

Blondie Hasler prend le départ sur Jester un petit bateau de type Folkboat de moins de huit mètres, entièrement ponté, gréé avec une voile de jonque. Pas de radio, pas de baromètre (« qui me fait baisser inutilement le moral » !!), mais un sextant, quatre chronomètres et une clarinette !

David Lewis [3] est médecin. Il prend le départ à 43 ans sur un bateau de 7,7 mètres. Il démâte peu de temps après le départ, revient à Plymouth, répare et repart.

Valentine Howells prend aussi le départ sur un folkboat gréé de façon traditionnelle. Il a 34 ans, est fermier après plusieurs années dans Marine Marchande.

L’unique Français, Jean Lacombe a 44 ans, a déjà traversé l’atlantique. Il convoie un « cap horn » de 6,50 mètres dessiné par Jean Jacques Herbulot pour un propriétaire vivant aux Etats Unis.

3 routes possibles

  • La route nord : Elle fait passer au nord des dépressions, donc les vents sont de secteur est. Elle évite en partie le courant contraire du Gulf Stream. Mais elle est plus longue (plus de 3000 miles soit 5500 kms) et elle passe par les champs d’icebergs à l’Est et au sud de Terre Neuve. C’est celle que choisi Blondie Hasler.
  • La route directe ou orthodromie : C’est la plus courte (2800 miles 5000 kms), mais elle fait face aux vents et aux courants dominants sans éviter les icebergs de la côte sud de Terre Neuve. Elle est choisie par le vainqueur Chichester et Lewis.
  • Les routes « sud » : Plus chaudes, avec des vents portants (venant de l’arrière), moins de courant, pas de risque d’iceberg, donc plus confortables, mais (beaucoup) plus longues (de 3500 à 4200 miles soit 6000 à 6500 kms. Elle est choisie par Howells et Lacombe.

Ce qu’il n’y avait pas à bord

GPS, AIS, Pilote automatique, radar, électronique, radar, Iridium, ordinateur, hydro-générateur, panneaux solaires, éolienne, enrouleur de génois, récepteur fax météo …
Et pourtant ils sont tous arrivés !
En fait vu le peu de matériel, il y avait peu de risque de pannes !!!!
Ils avaient le temps de lire ……..

Quelques records

En 1870, entre Londres et Sydney, le Clipper « Patriarch » établi le record de 69 jours à l’aller et 67 jours au retour par le cap horn.
Thomas Coville vient d’établir le nouveau record en solitaire autour du monde en 49 jours 3 heures.
Record que détenait Francis Joyon, qui est actuellement en mer pour le Trophée Jules Vernes en équipage (45 jours). Il est actuellement à mi parcours avec plus de deux jours d’avance. http://www.idecsport-sailing.com/cartographie/

Atlantique nord : Le record actuel est détenu par Comanche, une "luge" tout carbone de 30 m de long appartenant au milliardaire américain Jim Clark et à sa femme Kristy Hinze-Clark, qui a mis 5 j 14 h et 21 min pour traverser l’Atlantique. Il a ainsi amélioré de plus d’une journée le précédent record de 6 j 17 h et 52 min détenu par Mari Cha IV, un plan Briand de 40 m, propriété d’un autre milliardaire américain, Robert Miller, en octobre 2003.)

Quelques navigations en solitaire

En 1895, Joshua Slocum fait le premier tour du monde sur l e « Spray » de 11,2 m.

En 1923, Le Français Alain Gerbault réalise la première traversée de l’Atlantique d’est en ouest en 101 jours de Gibraltar à New York. Il effectuera ensuite u tour du monde. https://fr.wikipedia.org/wiki/Alain_Gerbault

En 1934, Le Capitaine Graham relie l’Irlande à Terre Neuve par la route nord.

En 1968, Robin Knox-Johnston devient le premier homme à boucler un tour du monde sans escale en solitaire, et remporte du même coup le « Golden Globe Challenge » (l’ancêtre du Vendée Globe http://www.vendeeglobe.org/fr/ ) organisé par le journal britannique « The Sunday Times ». A bord de Suhaili, son robuste ketch bermudien de 32 pieds, le marin anglais aura passé 313 jours en mer, avec une vitesse moyenne de 4,1 nœuds. 42 ans plus tard, anobli par la Reine, Sir Robin continue à naviguer sur son plan Atkins, pratiquement inchangé. Largement en tête, Bernard Moitessier sur son ketch en acier qu’il a nommé « Joshua » en mémoire de Joshua Slocum, décide après le Cap Horn de continuer encore un demi-tour du monde, fuyant la victoire pour « sauver son âme ». A lire absolument : La longue route chez Arthaud.

A noter : 50 ans plus tard, en 2018, Robin Knox-Johnston annonce un nouveau départ du « Golden Globe Challenge » http://goldengloberace.com/fr/. Les bateaux doivent être classiques, à quille longue. Aucune électronique à bord ! Il faut ressortir les sextants de leur boîte. Trois grands noms de la voile française, VDH (Jean Luc Van den Heede, qui détient toujours le record autour du monde en solitaire d’est en ouest contre les vents et les courants, sur son monocoque « Adrien ») , Lionel Regnier, vainqueur entre autre de l’OSTAR en 2005 et Eric Loiseau sont inscrits.

En 1981 - 1982, l’Australien Jon Sanders effectue un double tour du monde en solitaire sur son SS34 « Perie Banou » http://www.ss34.org/index.php/directory/periebanou/
En 1986 – 1988, il récidive pour un triple tour du monde.

En 2010, A 16 ans, la lycéenne australienne Jessica Watson a accompli le tour du monde en solitaire à bord de son bateau, (encore un SS34), le « Ella’s Pink Lady » http://www.parismatch.com/Actu/Sport/Jessica-Watson-la-nouvelle-fiancee-des-oceans-151226

Quelques courses transatlantiques

En 1866, la goélette de 30m, « Henrietta » remporte la première transatlantique entre les Etats unis et l’Angleterre face à « Vesta », « Fleetwing » en 13 jours et 21 heures.

En 1905, la goélette de 55m, « Atlantic » remporte cette même course transatlantique. Son capitaine Charles Barr est célèbre par ses victoires dans la Coupe de l’América.

En 1931, Les professionnels laissent la place aux amateurs (certes fortunés). Sur le parcours Newport Plymouth (l’inverse de l’OSTAR), Le Yawl « Dorade » remporte l’épreuve en 71 jours. L’architecte du bateau est le jeune Olin Stephens qui a 21 ans. (Il dessinera ensuite plusieurs plans vainqueurs de la coupe de la coupe de l’America et en 1969, le SS34 « Morning Cloud » pour le premier ministre Edouard Heath avec lequel il gagnera Sydney Hobart et dont OLBIA est un sister ship).

En 1977, Bob Salmon crée la Mini Transat, une course transatlantique en solitaire et sans assistance à bord de voiliers de 6,50 m, organisée chaque année impaire depuis. La traversée s’effectue en deux étapes, au départ de la France métropolitaine (depuis 1985), avec une escale d’une dizaine de jours aux îles Canaries ou à Madère, avant de rejoindre les Antilles (de 2001 à 2011, le parcours emmenait la flotte jusqu’à Salvador de Bahia, au Brésil). https://fr.wikipedia.org/wiki/Transat_6.50

En 1978, Comme l’a voulu son concepteur Michel Etevenon, la Route du Rhum rassemble, sur la même ligne de départ et le même parcours, monocoques et multicoques, petits coursiers océaniques et géants des mers. Elle exige des budgets qui ne sont pas à la portée des amateurs.

En 1993, Mico Bolo organise la Transquadrasolo qui se coure tous les trois ans en solitaire ou en double de Nantes à Madère puis de Madère à la Martinique. Cette course est ouverte aux bateaux de 30 à 40 pieds et aux skippers de plus de 40 ans (ceci afin d’éviter le professionnalisme). OLBIA participe à l’édition de 1999 et gagne celle de 2002. http://2002.transquadra.com/

Relire nos articles consacrés aux éditions de l’OSTAR :

[1En 2009, j’ai traversé en 24 jours 9 heures 6 minutes sur Olbia, un monocoque de 34 pieds

[2Gipsy Moth III est un sloop de 12 m, 13 tonnes

[3David Lewis reprendra le départ en 1964, puis naviguera en 1972, pour un tour de l’antarctique en solitaire sur un voilier en acier de 9,6 mètres. A lire : Ice Bird chez Arthaud.

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